De la Révolution au 20ème siècle dans le Morvan

De la Révolution au 20ème siècle dans le Morvan

1789 crée la nouvelle carte administrative avec l’apparition des départements, districts, communes et cantons. Le département de la Nièvre est créé et Moulins-Engilbert, de par son importance, devient le chef-lieu d’un district comportant cinq cantons : ceux de Moulins-Engilbert, Châtillon-en-Bazois, Larochemillay, Luzy et Montigny-sur-Canne.

Le canton de Moulins-Engilbert comprenait les communes de Moulins-Engilbert, Commagny, Maux, Onlay, Préporché, Sermages et Vandenesse. Après moult changements, la loi du 28 Pluviose an VIII (17 février 1800) fixe les administrations définitivement.

Le canton de Moulins-Engilbert est composé de : Moulins-Engilbert (dont Commagny et Sermages qui ont fusionné avec Moulins-Engilbert en l’an II, Sermages reprendra sont indépendance en 1842), Isenay, Maux, Montaron, Onlay, Préporché, Saint-Honoré-les-Bains, Vandenesse et Villapourçon.

Le canton de Moulins-Engilbert appartient alors à l’arrondissement de Château-Chinon.
Sous la Révolution, Moulins-Engilbert s’appelait Moulins-la-République.
Les effets de la Révolution se firent ressentir sur le canton comme partout en France. Ainsi, par exemple, le mobilier du château de Vandenesse est saisi lors de la vente des biens nationaux par le district de Moulins-la-République.

Le début du 19ème siècle

Vie économique

Au 19ème siècle, la France est profondément transformée par la révolution industrielle, le monde agricole aussi. Ainsi, en héritage du passé, au début du 19ème, 85 % à 90 % des Morvandiaux sont des agriculteurs et la majorité d’entre eux ne possèdent que de petites propriétés.

Le système agricole est basé sur la polyculture vivrière, c’est-à-dire que l’essentiel de la production est destinée à la consommation familiale. Pour ce qui est de l’élevage, le porc représente la principale viande consommée par la population. Peu nombreux, les bovins ne sont pas tant élevés pour leur viande que comme bêtes de trait.

Le 19ème siècle est celui d’une forte augmentation de la population pour le Morvan. Celle-ci vit à 87 % dans les villages et hameaux et à seulement 13 % dans les villes. Cette pression démographique oblige les petits propriétaires à accroître leurs revenus et donc à étendre les surfaces de culture en réduisant la jachère et en drainant les prairies humides non utilisées.

Un autre moyen d’augmenter ses ressources consiste à pratiquer des activités complémentaires en pratiquant également d’autres métiers telles que les couvertures de toit en chaume, le tissage, la ferronnerie ou encore les prélèvements sur la nature (en forêt, ramassage et cueillette, braconnage, pacage des porcs). Certaines de ces activités nécessitent des migrations temporaires comme les travaux saisonniers dans les plaines voisines tels que le pratiquent les galvachers.

La société

La société morvandelle au début du 19ème siècle oppose les grands propriétaires fonciers, nobles et notables d’Ancien Régime à la masse des paysans pauvres à la vie quotidienne précaire.

Dans le Sud Morvan, les notables disposent à la fois de la forêt et de grands domaines dont l’exploitation est confiée à des fermiers ou des métayers. Parmi les « bienfaits » de ces nobles, on peut citer l’exemple de Charles Élie de Talleyrand Périgord, prince de Chalais, qui, à l’époque, est propriétaire du domaine de Vandenesse et fait reconstruire l’église du village.

Aujourd’hui, l’ancienne chapelle est une maison d’habitation où reposent encore les ossements de l’évêque Thollé qui n’ont pas été accueillis dans la nouvelle église. Les bonnes places pour l’inhumation dans les églises et les litres funéraires perpétuelles sont d’ailleurs également l’un des privilèges des nobles et notables.

Cette opposition entre grands propriétaires et paysans pauvres se retrouve de diverses manières dans l’évolution politique de la première moitié du siècle. Jusque vers 1840, la paysannerie, très largement illettrée et soumise à l’influence d’un clergé défenseur de l’ordre social, reste soumise aux notables. La Révolution de Louis-Philippe en juillet 1830 n’entraîne aucun bouleversement local.

Quelques éléments de vie à l’époque

Lors de l’abdication de Napoléon le 10 avril 1814, la commune de Moulins-Engilbert et une grande partie de la population organisent une grande fête d’allégresse et un banquet accueillant le retour de la Monarchie.

De 1831 à 1832, Moulins-Engilbert a son propre journal intitulé La petite ville, ce fut le premier journal à paraître dans l’arrondissement.

En 1834, est élu pour la première fois au conseil municipal un certain Jules Miot, pharmacien de 26 ans ayant fréquenté les révolutionnaires pendant ses études à Paris, qui représentera pendant de nombreuses années l’opposition au sein du Conseil Municipal, certains le traitant de révolutionnaire et d’anarchiste. Il sera élu Maire par la suite. Figure de la Commune de Paris, il sera de nombreuses luttes, connaîtra la prison, la déportation et l’exil.

De 1840 à la fin du 19ème siècle

A partir de 1840, le Morvan connaît des troubles sérieux. Entre 1840 et 1843 une série d’incendies volontaires visent les forêts et les propriétés de grands notables notamment à Moulins-Engilbert et Villapourçon. En 1846 des émeutes veulent empêcher le paiement des droits de place sur les marchés et les foires.

En 1846, toujours, la multiplication des incendies entraîne une grande peur dans le nord, l’est et le sud du Morvan avec des violences qui contraignent les autorités préfectorales à composer avec les paysans. Enfin, fin 1846, début 1847 la crise de subsistance détermine des troubles graves. En effet, comme partout la maladie de la pomme de terre, la crise céréalière et une forte augmentation des prix rendent les plus pauvres incapables d’assurer le quotidien et déclenchent des attaques de boulangeries, de convois et de marchés de grains.

La Louée

C’est en 1846 que Moulins-Engilbert put avoir sa première Louée de la Saint-Jean. Mais M. Jaubert aîné rapportait déjà en 1837 que lors de la foire patronale à la Saint-Jean, de plus en plus de personnes s’y rendaient pour y louer leurs services durant une année, suivant l’usage.

La Louée est la foire où les faucheurs, les moissonneurs, les laboureurs, les palefreniers, les bergers, les valets de ferme, les bouviers, les femmes de chambre, les cuisinières, etc. s’affichent afin de se louer à de grands domaines pour l’été ou pour l’année. Cette tradition a été remise en goût du jour depuis 2005 avec une fête de la Louée organisée régulièrement à la Saint-Jean qui reconstitue la Louée d’antan stoppée dans les années 50 avec la disparition de ces métiers.

La IIe République

En Morvan, l’installation de la IIe République, après la révolution parisienne de février 1848, se réalise sans difficulté mais l’agitation reprend dès mars/avril 1848. Les petits paysans se soulèvent contre les agents des grands propriétaires pour reconquérir le droit d’usage et de pâture en forêt.

Jules Miot est élu Maire de Moulins-Engilbert le 30 septembre 1848.
Rapidement déçus dans leurs espoirs (pas de règlements forestiers mais augmentation des impôts), les paysans du secteur accordent leur confiance à Louis Napoléon Bonaparte, candidat à la présidence de la République, élu le 10 décembre 1848. En Morvan, il obtient 80 % des suffrages car on voit en lui, non un conservateur, mais le rempart contre l’Ancien Régime.

Le Second Empire

Partout en France, les législatives de mai 1849 sont l’occasion d’une poussée des républicains avancés et des démocrates socialistes organisés en sociétés publiques ou secrètes. Parmi ceux-ci, Jules Miot est élu représentant du peuple de la Nièvre le 13 mai 1849 à l’assemblée législative. La peur sociale rallie les notables au Parti de l’Ordre composé des légitimistes, orléanistes et conservateurs, et finalement Bonaparte réalise le coup d’État du 2 décembre 1851. Coup d’État massivement approuvé par l’opinion (pour plus de 95 %) en Morvan.

Après 1870, l’âge industriel va se diffuser. Ainsi, sous le second Empire, Moulins-Engilbert va commencer à se moderniser : création d’une nouvelle place, ouverture d’une nouvelle rue et macadamisation des autres, aménagement d’un nouveau champ de foire plus vaste que l’ancien, organisation des premiers comices agricoles et développement du commerce. Les progrès agronomiques vont également se diffuser lentement et permettre l’implantation de nouvelles cultures et l’augmentation des rendements. Des marais et des étangs sont asséchés et convertis en prairie ce qui favorise l’élevage et la diffusion du bœuf charolais.

Les conservateurs dominent en Morvan depuis le milieu du 19ème siècle jusqu’en 1880. C’est même la politique des notables qui s’impose jusqu’en 1871. Il y a deux raisons pour lesquelles les paysans ne votent pas massivement pour les candidats démocrates. La première est que sous le Second Empire, certains cantons n’ont qu’un seul candidat, proposé par le régime, les autres étant découragés et menacés par la police qui oblige également les paysans à voter en les poursuivant en cas d’abstention.

La seconde est la précarité des revenus des paysans morvandiaux, ils sont domestiques, journaliers et parfois ils ne possèdent pas leur propre logement. Ils dépendent complètement des notables pour survivre et votent pour eux.

Certains paysans ont émigré vers Paris. Les femmes sont nourrices, les hommes sont ouvriers. C’est l’exode rural et l’abandon des campagnes, néfastes pour l’économie du Morvan. Pourtant les salaires augmentent et ce début d’émancipation économique des pauvres leur permet une liberté politique plus grande ce qui ne satisfait pas les notables conservateurs. Peu à peu les paysans se tournent vers les notables républicains et démocrates.

Les voies de communication sur le territoire

A l’époque gallo-romaine, le Morvan a pu bénéficier d’un réseau de voies de communication assez important mais malheureusement, les routes ne sont pas entretenues et se dégradent au cours du Moyen-Âge. Au fur et à mesure des siècles le Morvan devient de moins en moins accessible.
A partir des années 1830, sous l’impulsion d’André-Marie Dupin, député de la Nièvre, le réseau fut reconstruit. En 1852, les lignes principales du réseau sont achevées. En 1830, le Morvan nivernais ne comptait que 156 km de route ; en 1889, il en possède 1 564 km. Si l’on observe ces routes du 19ème siècle, on constate qu’elles ont souvent adopté les mêmes tracés que les voies gallo-romaines.

Dans la seconde moitié du 19ème siècle, en plus du réseau routier, se développent de nouvelles voies de communication tel que le chemin de fer.
Au début du 20ème siècle, en 1910, la ligne de chemin de fer « économique » Tamnay-en-Bazois/Moulins-Engilbert est ouverte mais le trafic n’y durera que 23 ans. La ligne desservait également l’arrêt Vauvelle-Maux Pourtant, dans les régions voisines, le chemin de fer est un véritable atout économique pour les villes traversées. Ainsi Corbigny fait plus d’affaires que Château-Chinon qui est pourtant le centre administratif du Morvan. Comme ailleurs, en Sud Morvan, seuls les bourgs qui possèderont une gare profiteront de cet essor.

La fin du 19ème siècle, la République s’impose

La fin du 19ème siècle marque la bataille entre les idées cléricales et républicaines avec la construction des églises et des écoles. Pratiquement toutes les Mairies-écoles du territoire ont été érigées à cette époque. Pour exemple, la commune de Villapourçon avait encore 4 écoles en 1960.

Pourtant certaines communes resteront attachées à leur église et à leur foi comme à Sermages dont la loi de séparation de l’église et de l’état va déclencher une manifestation de résistance au sein de la population qui refuse de faire l’inventaire des biens du clergé dans leur commune. En 1906, une barricade est même établie devant les portes de l’édifice religieux afin d’empêcher l’intrusion des représentants de l’État mais ceux-ci réussiront tout de même à pénétrer dans l’église.

Le 20ème siècle

Évolution de la vie agricole après le première Guerre Mondiale

La fin de la Première Guerre mondiale amorce le déclin de l’agriculture traditionnelle et le début d’une agriculture tournée vers l’élevage. La population a perdu beaucoup d’hommes sur les champs de bataille et parmi ceux qui reviennent du front, nombreux sont ceux qui renoncent au métier d’agriculteur.

En effet, le monde agricole a fortement changé et le système agricole traditionnel, basé sur un équilibre entre polyculture vivrière et activités complémentaires, est devenu impossible. Du fait de la modernisation, la plupart de ces activités complémentaires disparaissent. Le Morvan se tourne donc définitivement vers l’élevage et on laisse l’herbe se répandre dans les champs. Entre 1892 et 1929, le pourcentage de surface toujours en herbe a doublé. Avec cette nouvelle orientation de l’agriculture, beaucoup de petits propriétaires qui ne peuvent pas reconvertir leur exploitation les abandonnent.

En outre, la crise mondiale qui touche aussi le Morvan en 1930-32, provoque l’effondrement des prix. Les bêtes ne se vendent plus, les dettes s’accumulent et l’exode rural s’accentue.
La décennie 1936-1946 représentera une sorte de pause dans le dépeuplement du Morvan.

La seconde Guerre Mondiale

Lors du second conflit mondial, le Morvan était une zone refuge pour les Résistants car difficile d’accès mais possédant de nombreuses sources et un habitat dispersé facilitant l’obtention de nourriture et de renseignements. L’occupation allemande se limite très vite aux principales villes de la périphérie. Moulins-Engilbert aura ainsi sa « Kommandantur » au n°4 de la rue des fossés.

A la Libération, les allemands doivent se replier par le Morvan et par le sud du Morvan pour échapper à la tenaille qui se referme sur leurs armées. Les résistants de la région feront tout pour rendre difficile leur avancée. La présence de résistants mais aussi de SAS britanniques, l’avancée des Alliés et les combats pour la libération vont entraîner des répressions terribles sur la population.

On peut notamment citer Montaron où l’on trouve une stèle commémorative au hameau de Corcelles qui rappelle l’attaque du 10 juillet 1944 contre les F.F.I. du secteur ainsi que les exécutions et les incendies qui l’accompagnèrent.

Après la seconde Guerre Mondiale

Après la seconde guerre, les campagnes sont marquées par des bouleversements profonds dans l’agriculture. En Morvan, c’est surtout à partir de 1950 que l’élevage du Charolais se généralise et se spécialise, encouragé par la sélection des animaux commencée avec la réunion, en 1920, des « Herd-Books » de la Nièvre et de la Saône-et-Loire. Les herbages remplacent peu à peu complètement les champs cultivés dont les derniers qui subsistent sont voués à la nourriture du bétail. La vieille race morvandelle rouge disparaît. D’abord utilisé pour la traction, le charolais devient une race bouchère.

Au fur et à mesure des années, la race subit des modifications morphologiques. Les premiers Charolais se distinguaient par un torse puissant et un arrière-train étroit alors que la race bouchère actuelle se caractérise par un squelette fort et une croupe large et musclée. Cet élevage extensif nécessite de plus en plus de terres et les petites exploitations sont abandonnées par leur propriétaire. Il faut attendre 1954 pour que le rythme des départs ralentisse mais ce répit est de courte durée puisqu’en 1968, le recul démographique s’accélère à nouveau.

Les conséquences de l’exode sont désastreuses. Les forces vives du territoire étant parties, la population enregistre un déficit naturel, elle vieillit. Les commerçants qui partent à la retraite ne sont pas remplacés, il y a donc de moins en moins de commerces. Les terres abandonnées sont reprises par les friches et la forêt. Les villages ont de moins en moins d’habitants et donc de moins en moins d’activités. Comme les emplois sont rares, le territoire n’attire plus les jeunes et ceux qui restent au pays sont de plus en plus isolés.

Un Président en Morvan

On ne peut parler de l’histoire du Sud Morvan sans citer le Président François Mitterrand, élu en 1981, qui a su redorer quelque peu l’image du territoire et apporter des projets, tels que le Centre archéologique et le musée de Bibracte et le Parc naturel régional du Morvan, sur lesquels nous pouvons nous appuyer pour dynamiser la région.

Le Sud Morvan a été d’autant plus marqué par cet homme politique que son affiche présidentielle de 1981 a mis en valeur, dans toute la France, le clocher de Sermages.

Un héritage patrimonial

L’histoire nous a légué un patrimoine naturel, architectural et culturel riche. Ainsi, de nombreux bâtiments et objets sont classés ou inscrits au titre des Monuments Historiques, des sites naturels sont protégés, et les habitants du territoire demeurent attachés à leurs traditions, à leurs fêtes (par exemple patronales), à leurs légendes et à leur histoire. Tout cet héritage historique peut être valorisé et servir de support de communication pour le territoire de la Communauté de Communes du Sud Morvan.

Vie économique

Aujourd’hui, la principale activité du secteur, comme dans le passé, est l’agriculture. Le Marché au cadran et les foires aux bestiaux, organisées régulièrement, en sont la preuve. La région demeure donc ce qu’elle était historiquement : un territoire d’élevage.

Depuis sa franchise au 12ème siècle, la commune de Moulins-Engilbert est restée un bourg central où sont concentrés commerces et artisanats du territoire.

Un territoire de projets

Afin de dynamiser le secteur, 7 communes se sont regroupées en communauté de communes afin de travailler ensemble et mutualiser leurs efforts pour mener des projets sur leur territoire commun. Depuis 2006, cet espace de projets met en place des actions pour répondre aux demandes de ses habitants.

La hausse de la population au recensement de 2007 par rapport à 1999 peut être une opportunité supplémentaire pour conserver ses atouts au territoire de la Communauté de Communes du Sud Morvan et rester un lieu de vie dynamique et accueillant.

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